La culture d’Église: définie par la personnalité et la créativité de chacun

Doctrine de l’ÉgliseVie d’Église

Dans l’article précédent, nous nous sommes penchés sur la vision d’Église, et mon postulat était qu'elle nous est imposée par Christ pour notre bien.

Aujourd’hui, j’aimerais aborder la notion de culture. Comme je l’ai mentionné auparavant, nous avons adopté une sorte de modèle "start-up" pour les implantations d’Église. Ce n’est ni positif, ni négatif. En réalité, je ne sais pas si cela a été intentionnel à un moment donné, mais ce n’est pas le sujet (ce qui serait intéressant à explorer par ailleurs et qui montre encore une fois que le monde chrétien est très perméable à la culture ambiante).

Dans cette optique, j’ai retenu personnellement une notion "start-up" que l’on m’a déconseillée à maintes reprises: "construire l’avion en vol".

Cela est lié au fait d'avoir une vision imposée, permettant ainsi de se focaliser directement sur la culture d’Église. Une culture organisationnelle est l’ensemble des valeurs, croyances, normes et comportements qui caractérisent une entreprise.

L’Église diffère d’une entreprise. Elle est dirigée par Christ et est composée d’un corps particulièrement hétérogène, les membres. L'outil de travail est le membre, et l'organe délibératif est le membre au sein de l’assemblée. Par conséquent, la culture d’Église est façonnée par les membres et par rien d’autre. Le fait de commencer l’implantation avec des non-professionnels et avec une vision déjà établie permet de profiler la culture d’Église selon les caractéristiques des personnes qui composaient l’équipe de base.

En somme, c'est repérer les éléments factuels du quotidien des membres pour en relever des normes de base et des comportements usuels. Voici quelques exemples d’éléments:

  • Nous sommes géographiquement situés dans une ville (certains d’entre vous appelleraient cela un gros village) et la première couronne de village.
  • Nous sommes principalement des familles avec jeunes enfants.
  • Nous utilisons la voiture presque systématiquement pour les déplacements.
  • Nous invitons les gens autour de notre table de salon et non dans des lieux publics.
  • Il y a plus de femmes que d’hommes dans l’Église.

Ces quelques éléments permettent déjà de comprendre la culture dans laquelle nous évoluons. Il n’y a pas beaucoup de transports en commun et dans les foyers, il y a généralement une voiture par adulte. Les lieux publics ne sont pas des lieux de rencontre, mais des endroits où nous nous déplaçons avec un groupe préétabli. Il n’y a pas non plus d’évènements de rencontre. Enfin, nous rencontrons des gens extérieurs à nos cercles par des invitations réciproques au sein de nos lieux d’habitation. Enfin, les endroits où nous rencontrons le plus de personnes sont les parents des camarades de classe de nos enfants et nos lieux de travail.

Voilà une typologie générale que l’on retrouve dans l’Action Biblique du pays d’Héricourt. Nous voyons encore là que la culture d’Église va également s’imposer un peu à nous dans le sens où nous allons faire fructifier l’existant sans forcément chercher à innover. Une chose que nous avons délaissée, mais que des implantations cherchent à faire: trouver les besoins à remplir des non-chrétiens autour d’eux. Vous commencez à connaître le peu d’affection que j’ai pour ce principe que je développerai par la suite.

Pour notre part, nous avons davantage cherché à responsabiliser les membres dans ce qu’ils faisaient déjà naturellement pour qu’encore une fois, ce ne soit pas une question de projet, mais de personnes.

La culture a quand même été influencée par la vision imposée, notamment l’enseignement. La plupart des personnes, moi y compris, n’avaient jamais ou peu présenté l’Évangile à des non-chrétiens, et c’est la partie "proclamation de la Parole" qu'il fallait renforcer. Mais compte tenu de la culture préexistante, nous n’avons pas formé les gens à faire du porte-à-porte, mais à des parcours découvertes qu’ils pouvaient parfaitement réaliser en un-à-un, toujours autour de leur table de salon. Cela a été la première formation des membres de l’implantation.

Confondre vision et culture peut entraîner plusieurs problématiques:

  • Une mauvaise vision peut empêcher la vraie culture d’émerger, la vision étant en décalage avec la culture préexistante des personnes qui devront fournir une énergie considérable pour s’adapter à quelque chose d’autre.
  • Par voie de conséquence, une mauvaise vision d’Église peut développer une mauvaise culture d’Église, dans laquelle les membres feront continuellement des efforts en s’éloignant de ce qui les caractérise vraiment.
  • Une mauvaise vision d’Église et une confrontation avec la culture provoqueront forcément des tensions dans l’Église et des nivellements, accentuant la responsabilité individuelle tout en diminuant la force du collectif. Les liens entre les individus seront altérés dans l’Église.

Développer une culture d’Église avec l’existant permet d’avoir une congrégation beaucoup plus forte et apte à prendre des initiatives et à entreprendre des projets, car dans des éléments naturels et dont ils sont déjà experts. Cela évite de créer des "professionnels" de l’implantation, mais plutôt que l’Église toute entière soit partie prenante de la prédication de l’Évangile et du témoignage rendu. Le fait d’être membre aura un sens sans doute plus élevé, mais naturellement admis et renforcé. Les liens seront plus forts, les expériences plus proches les unes des autres et une fatigue sans aucun doute moins forte. Une Église dirigée par la communauté sera beaucoup plus résistante, notamment face aux fausses doctrines ou à des éléments nouveaux et incertains.

Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres.

Jean 13.34-35

Pour aller plus loin:

Samuel Laurent

Chrétien et psychologue, Samuel est marié à Pauline depuis 17 ans et ont trois enfants. Ils ont créé l’association « La Boussole » avec laquelle ils proposent des formations en accompagnement biblique à l’intention des églises locales. Il est étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin.

La question de l’accompagnement/counseling biblique est la principale raison de leur présence sur TPSG. ils souhaitent développer et partager leur vision biblique du monde autour de l’accompagnement, de la psychologie et des problématiques du cœur humain.

Ressources similaires

webinaire

Peut-on vivre l'Église à distance?

Ce replay du webinaire de Guillaume Bourin, Jonathan Meyer et Yanick Ethier a été enregistré le le 9 décembre 2020.

Orateurs

J. Meyer et Y. Ethier