Réflexions éthiques sur la manière de traiter nos corps

Ces derniers temps, les questions de mes jeunes sœurs dans la foi et de mes adolescentes à la maison m’ont poussé à la réflexion. Leurs questionnements vont du style vestimentaire et de la décence des tenues, jusqu’à la question du piercing ou du tatouage, en passant par la question de l’épilation!

Oui, le temps de l’adolescence et le commencement de la vie adulte sont une période favorable pour toutes ces questions. En tant que femmes, comment traiter nos corps à la gloire de Dieu? A-t-on le droit de le modifier? Et jusqu’à quel point?

Je n’ai pas la prétention de faire le tour de cette vaste question dans cet article, mais je voudrais vous aider à avancer dans vos réflexions, afin que vous soyez équipées et fassiez des choix éclairés en toute bonne conscience. 

Notons premièrement que toutes ces questions sont fortement liées à l’apparence, à l’image que l’on renvoie. Or, dès que l’on parle de notre apparence, nous pensons à juste titre à notre origine. Reposons donc les bases.

Oui, nous sommes créées à l’image de Dieu avec le mandat de refléter sa gloire. Ainsi notre essence et notre but sont résolument tournés vers la gloire de Dieu. Notre première mission est de vivre comme les représentants de Dieu au sein de sa création.

Représenter Dieu, vaste fonction… l’humanité a échoué, le peuple élu a échoué, seul Christ a rempli la mission parfaitement. Christ est l’image de Dieu, nous sommes invités (hommes et femmes) à le suivre et à lui ressembler, lui premier-né de la nouvelle humanité. Notre mission est donc de refléter Dieu, de ressembler à Jésus dans tout ce qu’il est.

Vous l’aurez compris, tous les domaines de nos vies sont concernés. Le traitement de nos corps comme le reste. La ressemblance à notre Seigneur n’est donc pas une question d’apparence physique en tant que telle. Il ne suffit pas de se demander quelles tenues portaient Jésus ou les femmes qui le suivaient, et si elles avaient ou non son approbation. La question porte plutôt sur ce que renvoie notre apparence de nos valeurs, nos priorités, et nos croyances. 

Ainsi, se poser des questions sur la portée de nos choix est donc une bonne chose. Surtout dans la période où l’on dépend de moins en moins du choix des parents, et où l’on doit prendre ses propres décisions pour gérer sa vie.

L’aspect de l’image de Dieu dont j’ai parlé jusqu’ici est l’aspect téléologique. C’est-à-dire notre capacité à glorifier Dieu en le rendant visible au reste de la création. Notre corps est la partie physique de cette image de Dieu dont nous sommes porteurs [cf. Gn 1.26].

Mon apparence va renseigner ceux qui ne me connaissent pas sur mes goûts, mes valeurs, et mes priorités… La manière dont nous nous préoccupons ou pas de nos corps a donc bien une valeur morale.

Souvent, pour régler une question éthique, nous entendons ces questions; « Que ferait Jésus à ma place? » ou bien: « Est-ce que ça va glorifier Dieu? »

Personnellement il m’est très difficile de pouvoir répondre à ces questions… Est-ce que Jésus irait chez le coiffeur s’il était moi? Est-ce que je glorifie Dieu quand je m’épile? Compliqué n’est-ce pas? D’autant plus compliqué quand la culture ambiante s’en mêle.

Actuellement, des groupes entiers de femmes choisissent de ne pas se raser ou s’épiler pour marquer leur désapprobation à un diktat masculin. Quand nous cherchons à répondre à une question éthique, notre premier devoir est d’être conscients des influences que nous subissons, parmi celles qui viennent de notre éducation, de notre culture, de nos amis, collègues… Nous croyons trop souvent que nos motivations sont internes, alors qu’en vérité, nous nous conformons à toutes sortes de normes. Attention, ce n’est pas un mal en soi. Être anti-conformiste n’est pas particulièrement à la gloire de Dieu. Le tout est déjà de comprendre ce qui influence nos cœurs et nos pensées.

Je vous propose de réfléchir, en décomposant certains aspects de ce que signifie « représenter Dieu sur la terre », « être son image », et « être des imitateurs de Christ »: 

  • Dieu nous a créés avec la capacité de faire des choix, et de prendre des décisions morales (Gn 2.16-17). C’est l’aspect structurel de l’image de Dieu. Ainsi, lorsque nous voulons modifier nos corps, nous pouvons commencer par nous poser ces questions: « Ce que je veux faire est-il sage? Est-ce que j’agis en bonne conscience? » Cela implique que si nous avons un doute, nous devrions pendre le temps de nous renseigner sur le sujet.

    Prenons l’exemple du tatouage ou du piercing: ce sont de toute évidence les questions qui me sont posées le plus souvent. De l’encre a déjà coulé sur le sujet et je ne vais pas recommencer à détailler Lv 19.28 ou 1 Co 6.19 qui sont les versets les plus cités pour dénoncer les tatouages ou piercings.

    Avant de prendre une décision, je vous conseille vivement de lire les deux articles de John Piper issus de son podcast Ask Pastor John: « Que dit la bible sur les tatouages? » sur TPSG1. Nous reflétons la gloire de Dieu quand nous recherchons des informations pour ne pas pécher et que nous nous y conformons. Toutefois, la conviction de ne pas pécher ne suffit pas!
  • Nous sommes les représentants de Dieu sur terre, dans les fonctions que Dieu nous a confiées (Gn 1.26; 2.5). L’homme domine sur la création, il l’entretien, la modèle. Dieu a fait de l’homme le régent de la création. Oui, nous avons le droit, et même la mission de dominer sur la nature, la modifier, l’entretenir… nos corps en font partie. La question que nous pouvons nous poser quand nous voulons modifier notre apparence est donc: « Mon choix, témoigne-t-il d’une juste domination sur mon corps tout en en prenant soin? »

    Cet aspect de l’image de Dieu nous amène à lutter contre toute pratique qui nuit à notre santé. Oui, nos corps appartiennent à Dieu, mais il nous a fait gérants de sa création. Il nous donne l’autorisation et les capacités pour entretenir et modeler sa création, nos corps en faisant partie.

    Il est donc permis de se faire beau, même si cela implique une transformation irréversible. Je pense par exemple au trou dans les oreilles: fait dans de bonnes conditions d’hygiène, on ne peut pas considérer le piercing d’oreille comme un péché. Cependant il convient pour les transformations pérennes de se demander ce que cela donnera sur nos corps vieillissants… Et oui, cela vous semble peut-être loin, mais ce que vous trouvez beau aujourd’hui, est-ce que cela le sera toujours sur une peau ridée et fripée? Ou distendue par les grossesses? D’autre part, notre liberté est aussi une responsabilité.

    Nous ne sommes pas le maître, nos corps reviennent au Seigneur. Nous devrions donc être vigilants à ce que notre manière de traiter nos corps ne nuise pas à notre santé.

    Prenons l’exemple de l’épilation. Il est reconnu que la plupart des poils ne sont pas indispensables, et leur perte n’est pas gênante pour la santé, excepté ceux de la zone pubienne2. En effet un groupe de chercheurs de l’université de Californie a montré un lien entre la transmission des MST et l’épilation pubienne3.
  • Dieu est également un être relationnel, et il accorde une grande importance à ce que les hommes soient des représentants de cet aspect de son image. Six des dix commandements concernent la gestion de nos relations avec les autres (Ex 2.12-17). L’amour est la voie par excellence pour exercer les dons que Dieu nous a confiés (1 Co 13.1-13).

    Comme je l’ai dit plus haut, notre apparence en dit long sur nous, nos convictions, notre appartenance, et nos valeurs… Lorsque je modifie mon apparence, (coupe de cheveux, pousse ou élimination des poils, piercings, tatouages, style vestimentaire, etc…) j’envoie un message. Il est donc important de se poser la question suivante: « Quel va être l’impact de mon choix dans ma famille? ma communauté? mon entourage? Quel message mon choix va-t-il renvoyer? »

    Cette partie du raisonnement est intimement liée à la culture dans laquelle nous vivons. 1 Tm 2.9-10 ou encore 1P 3.3-4 nous invitent à la pudeur et à la décence. Il convient donc de se demander ce qu’est la décence dans la société où je vis.

    Cela ne signifie pas que tout ce qui ne choque pas ma culture ne doit pas me choquer en tant que chrétien. Néanmoins, il est clair que la culture dans laquelle nous vivons a ses propres normes, et qu’il est sage d’en être conscient. Une femme qui porte un pantalon peut tout à fait être décente dans notre société, ce qui n’était pas le cas par le passé. Nous nous conformons à des groupes dont nous estimons les valeurs, et quand bien même nous serions anticonformistes, nous sommes tout de même en train de nous conformer à un autre groupe…

    La notion de décence n’est pas seulement liée à la société, mais aussi à la situation. C’est tout à fait décent de porter un maillot de bain à la piscine ou à la plage, ça l’est moins au travail, au lycée ou à l’église… Ainsi la question de la décence pourrait prendre cette forme: « Qu’est-ce que je cherche à montrer? Et pourquoi? »

J’ai bien conscience que cette réflexion ne répondra pas à toutes vos questions au sujet de votre apparence et la manière de traiter vos corps, mais j’espère qu’elle pourra vous permettre d’accéder à une autre manière de réfléchir l’éthique de l’apparence.

[1] « Que dit la Bible sur les tatouages? » – John Piper
[2] « L’épilation vraiment sans risques? » – Magasine Planète Santé
[3] « Correlation between pubic hair grooming and STIs »BMJ Journals

Pauline Laurent

Pauline Laurent
Chrétienne et anciennement professeure des écoles, Pauline a étudié à l’Institut biblique de Genève puis a repris des études de psychologie. Elle est mariée à Samuel et ont trois enfants. Ils ont créé l’association « La Boussole » avec laquelle ils proposent des formations en accompagnement biblique à l’intention des Églises locales. La question de l’accompagnement/counseling biblique est la principale raison de leur présence sur TPSG. ils souhaitent développer et partager une vision biblique du monde autour de l’accompagnement, de la psychologie et des problématiques du cœur humain.

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Samuel LAURENT

Chrétien et psychologue, Samuel est marié à Pauline depuis 17 ans et ont trois enfants. Ils ont créé l'association "La Boussole" avec laquelle ils proposent des formations en accompagnement biblique à l'intention des églises locales. Il est étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. La question de l'accompagnement/counseling biblique est la principale raison de leur présence sur TPSG. ils souhaitent développer et partager leur vision biblique du monde autour de l'accompagnement, de la psychologie et des problématiques du cœur humain.

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