La maladie mentale selon une vision biblique du monde (4/4)

La psychologie moderne a connu deux grandes révolutions durant la même période, après la seconde guerre mondiale. Il est intéressant de pouvoir comprendre comment la psychologie d'aujourd'hui est l'héritage de notre passé, tant historique que culturel.

1. La découverte de la chimie des humeurs

La psychiatrie délaisse la psychanalyse et les hypothèses non-vérifiées de la psycho-dynamique pour se tourner vers la médecine. Le premier médecin a inauguré ce tournant dans un camp japonais durant la seconde guerre mondiale. John Cade remarque que les personnes qui étaient atteintes par des troubles psychiques avait une concentration d’acide urique plus importante. Il en a déduit une relation entre le corps et l’état psychique. C’était assez contrintuitif puisque le paradigme majoritaire de l’époque, la psychanalyse, considérait la dépression comme une colère contre soi-même. De même, les troubles psychiques étaient considérés comme issus des carences éducatives et des interactions parents/enfants.

Lors de son retour, il a tenté de vérifier ses hypothèses. Il récupéra l’urine de malades maniaques ou déprimés et l’injecta dans l’abdomen de hamsters. Pour en diminuer la toxicité, il leur injecte du carbonate de lithium, un produit utilisé pour traiter les problèmes de goutte. Il constata l’accalmie générale des rongeurs… puis leur décès à cause de doses bien trop importantes. Il vérifia lui-même la non-toxicité des doses sur lui-même puis le testa sur dix patients. Les résultats furent très encourageants avec des rétablissements rapides, mais l’un d’eux décède à cause d’une trop forte dose. Les résultats sont publiés en 1949 et la recherche affinera les dosages. Ce traitement est encore utilisé à l’heure actuel et fait partie des prescriptions de base dans le cas de bipolarité.

A partir de cette date, les chercheurs ont élaboré sans relâche de nouvelles molécules en lien avec les pathologies. Nous pouvons prendre l’exemple des anti-dépresseurs qui ont été inventés en 1957. Les premiers traitements étaient assez mal tolérés avec de nombreux effets secondaires. Aujourd’hui, alors que nous sommes dans la quatrième génération, nous constatons de moins en moins de tolérance et des effets de plus en plus efficaces.

2. La découverte du cerveau et de son fonctionnement

La seconde révolution a opéré un tournant majeur dans les années 90 lorsque les premiers IRMf ont vu le jour dans les hôpitaux. Cette technique d’imagerie médicale a révolutionné la médecine, mais également la psychologie. L’idée est de faire le lien entre l’activité cérébrale et le flux sanguin. C’est une méthode non-invasive et très efficace. Un champ entier de la psychologie venait de faire son entrée. A la base existait déjà les sciences cognitives qui mettaient en lien des stimuli extérieurs avec des réactions comportementales. De même, la chimie du corps commençait à être explorer avec notamment la gestion des humeurs et des troubles du comportement.

De tout temps, le cerveau a intrigué, mais sa trop grande complexité rendait impossible son exploration. Le cerveau est composé de 100 milliards de neurones chez un adulte. Un centimètre cube de cerveau (un demi morceau de sucre) comprends 10 000 milliards de connexions neuronales. Il est impossible de se l’imaginer.

L’IRMf a permis d’explorer le cerveau d’une manière plus précise. Restons humble, il demeure encore une exploration statistique, mais celle-ci a permis de découvrir un fonctionnement global :

  • De nos émotions ;
  • Du cheminement de nos pensées ;
  • De certaines zones dédiées comme celle du langage (aire de Broca sur temporal gauche) ou l’équilibre et les fonctions motrices (cervelet).

3. Ce que pense le monde séculier

Ces deux révolutions ont entériné le matérialisme. Aujourd’hui, nous mesurons les états de conscience, les anticipations de notre cerveau sur nos décisions ou encore la quantification de nos émotions. L’être humain qui depuis toujours était au moins dualiste, devient un être unique, matériel, explorable et quantifiable.

Les nouvelles technologies qui opèrent des liens entre être humain et machine ne font que prolonger cette recherche de notre fonctionnement.

C’est une grande victoire pour le monde séculier face aux religions et à la question de l’âme. L’âme/le cœur d’un être humain posait un problème pour les sociétés séculières. Être aux portes de l’immatériel était insoutenable.

Les traitements psychotropes et médicamenteux sont toujours de plus en plus précis. Il existe encore des camisoles chimiques pour certaines pathologies ou des personnes très perturbées, mais en réalité, tout un chacun peut venir voir son médecin traitant, lui dire que vous avez un coup de mou et repartir avec des anti-dépresseurs ou autre traitement léger. Cela va fonctionner sur un certain plan : la plupart des gens sont plutôt réceptifs et sentiront un mieux dans leur fonctionnement, leur motivation, leurs émotions et leurs humeurs.

Les pays européens sont les plus gros consommateurs d’anti-dépresseurs (la France se situe dans la moyenne avec 50 doses prises pour 1000 habitants par jour). Les anxiolytiques (benzodiazépine contre l’anxiété) n’ont jamais autant été vendus. Ne nous leurrons pas. Il existe un lobby pharmaceutique très fort en ce qui concerne les psychotropes. Cependant, cela nous révèle également quelque chose de notre société post-moderniste.

Lorsque nous regardons autour de nous, le dictat est le suivant :

  • Tu dois compter sur toi-même et tu dois trouver tes propres ressources.
  • Tes ressentis et tes expériences font office de réalité et de vérité.
  • Le bonheur est ton objectif ultime : un sentiment de paix, une bonne santé, une sécurité financière, vivre l’amour, profiter de belles expériences.

Il peut être nuancé par d’autres couleurs (comme l’écologie, l’identité sexuelle…). Mais il reste anthropocentrique. Ce dictat ne dit rien de l’aspect dualiste ou moniste de l’être humain, mais la médication et le cerveau répondent très bien à certaines problématiques :

  • Je suis angoissé, mais c’est normal, j’ai une amygdale hypertrophiée.
  • Je suis triste, ce n’est pas normal, je vais aller chez mon médecin ;
  • Je suis fatigué, je suis probablement en burn-out, je ne vais pas persévérer. C’est normal compte tenu de mes relations toxiques ;
  • Je n’arrive pas à dormir : somnifère ;
  • Je ne suis pas motivé : dopamine ;
  • J’ai des idées noires : séjour de repos ;
  • Je suis malheureux et j’ai envie de pleurer : anti-dépresseur ;
  • J’ai une mauvaise estime de moi : coach de vie ou psychothérapeute.

Le corps devient un déterminant. Il devient le centre explicatif de ce qui nous arrive. Il devient un prétexte qui permet le victimisme et la déresponsabilisation. Nous n’avons plus à travailler notre caractère, nous avons des médicaments qui permettent de le « guérir » et des processus pour nous accomplir.

4. Et nous dans tout ça?

Deux avènements sont apparus vis-à-vis de la cure d’âme:

  • La psychologie « moderne » avec les nouvelles méthodes comme la psychanalyse puis les psychothérapies modernes ;
  • La sécularisation et la professionnalisation de l’accompagnement psychologique ;
  • L’émergence du matérialisme et la disparition progressive du dualisme de l’être humain.

La polarisation des extrêmes a divisé profondément le milieu chrétien:

Il y a eu la diabolisation de la psychologie: Science pour charlatan ou œuvre de Satan, elle a été rejetée par le fait de toucher à certains acquis dans la religion. Les défenseurs de ce rejet estiment que la psychologie est une mauvaise théologie qui vole le travail des pasteurs pour détourner les chrétiens de ce qui est juste et de la Parole de Dieu.

D’autre part il y a eu la décentralisation de l’accompagnement pastoral. De nombreux pasteurs et églises font le choix de déléguer l’ensemble des accompagnements à des professionnels séculiers de la santé mentale. Cela peut venir de plusieurs explications :

  • Le sentiment d’être inefficace ou incompétent;
  • L’évolution du rôle de pasteur avec moins de temps pour l’accompagnement pastoral ;
  • L’acculturation de l’église au monde séculier et une absence de réflexion apologétique sur le sujet.

L’aspect sensible de la psychologie est la frontière entre le corps et l’âme. Aujourd’hui, la médecine moderne rebat certaines cartes et nous montre combien le corps et le cerveau sont beaucoup plus complexes que ce que nous savions avant le siècle dernier. L’humilité voudrait cependant à dire que la psychologie, pour le moment, est en train de montrer ce qui est faux pour discerner le vrai. C’est un travail consciencieux et indispensable et nous commençons à en sortir.

Il paraît important de situer ce qu’est la psychologie: Elle avance très vite. Il est nécessaire, pour avoir un regard apologétique pertinent et crédible, de comprendre les enjeux et ce sur quoi nous parlons aujourd’hui. Sur un plan théorique, psychanalyse, inconscient, étapes du deuil ou encore pyramide des besoins sont des concepts qui déclinent, voire disparaissent (à raison).

Les chrétiens qui apprécient la psychologie devraient également recevoir cette même réflexion. Ainsi, nous avons de grands enjeux à nous mettre à jour sur nos enseignements et nos représentations afin de ne pas se discréditer nous-mêmes en faisant appel à de vieilles théories surannées.

J’ai la conviction personnelle que les églises locales ont un rôle immense à jouer dans cette sécularisation des problématiques internes. Je ne blâme pas les pasteurs. Il y a eu des phénomènes dans la société qui ont déséquipé globalement l’être humain pour se confier dans des spécialistes.

Il y a des enjeux immenses à étudier la psychologie selon une vision biblique du monde. En effet la psychologie est partout, autant dans notre culture que dans notre fonctionnement. Cependant, il y a peu de ressources francophones et cette année, je vais essayer davantage de vous faire partager des ressources anglophones.

Vous pourrez trouver ici des réflexions sur l’accompagnement « biblique »

Je vous donne quelques pistes ici pour la question de devenir « psychologue chrétien »

Enfin voilà une petite présentation de qui je suis et mes raisons de ma présence sur TPSG


[1] Le syndrome frontal est lié à un traumatisme du cortex préfrontal d’un individu. Dans ce cortex se situe de nombreux schémas neuronaux qui permettent l’inhibition de nos comportements. Aujourd’hui, il est très présent lors des accidents de voiture. Souvent ce sont des personnes qui deviennent soient très explicites sexuellement ou agressifs/violents (parfois tout en même temps). Avec de la remédiation cognitive les résultats sont souvent excellents en terme de restauration.

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Samuel LAURENT

Chrétien et psychologue, Samuel est marié à Pauline depuis 17 ans et ont trois enfants. Ils ont créé l'association "La Boussole" avec laquelle ils proposent des formations en accompagnement biblique à l'intention des églises locales. Il est étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. La question de l'accompagnement/counseling biblique est la principale raison de leur présence sur TPSG. ils souhaitent développer et partager leur vision biblique du monde autour de l'accompagnement, de la psychologie et des problématiques du cœur humain.

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