La maladie mentale selon une vision biblique du monde (3/4)

L’époque moderne à partir du XIXème siècle

Ce que dit le monde séculier

Philippe Pinel, médecin français (1745- 1826) est un aliéniste (ce que nous appelons psychiatre aujourd’hui) qui s’intéresse à l’aspect moral de la maladie mentale. La maladie mentale n’est pas seulement un problème physique qu’il faudrait traiter. Il va entrer dans une logique de dialogue avec ses patients pour tenter de résoudre les conflits et souffrances intérieures.

Charcot apparait à cette période avec l’hypnose : il l’utilisait pour modifier les croyances des personnes avec une contre-suggestion des idées considérées comme erronées des malades. Cette méthode sera ensuite utilisée pour faire apparaître des traumatismes passés.

L’hypnose sera reprise par le célèbre Sigmund Freud qui développera la psychanalyse et la question de l’inconscient. Ce développement de la psychologie subjective et vécue alimente encore aujourd’hui la vision post-moderniste du monde. Lui succédera beaucoup de personnes avec des courants différents. Dans le même temps, Pierre Janet tente de développer des réflexions plus empiriques et objectivables. Il réfléchit sur les relations entre l’émotion et l’action. Il sera un des prédécesseurs de Jean Piaget encore connu dans les travaux sur l’éducation et l’apprentissage. Enfin de l’autre côté du continent, Ivan Pavlov découvrira le réflexe conditionnel avec la célèbre expérience du chien.

Tout cela se situe à la fin du XIXème, à peine il y a un siècle. En un siècle, ces trois courants majeurs se sont divisés et subdivisés pour se retrouver avec une multitude de courants.

Aujourd’hui, les courants de psychothérapie se divisent en quatre grands champs même si ce n’est pas du tout exhaustif :

  • Orientation psychanalytique et psycho-dynamique (Freud)
  • Orientation comportementale et cognitive (Pavlov/Skinner)
  • Orientation familiale et systémique dont le groupe est envisagé comme un système et l’apparition d’un symptôme chez l’un de ses membres comme la manifestation d’un déséquilibre du système lui-même et analysé en conséquence.
  • Orientation humaniste et expérientielle qui met l’humain et son vécu subjectif au centre de la psychothérapie. Le praticien va chercher la réponse réparatrice aux souffrances de la personne à partir du développement des propres ressources du patient.

Mais ces orientations, faute d’unité, commencent par être balayées par un mastodonte : la neuro-psychologie. L’arrivée d’appareil comme les IRM et les IRM fonctionnels dans les années 90 rebattent les cartes et propose une vision de l’homme très différente, moins abstraite, plus physiologique et matérialiste, mais avec une rationalité telle que l’être humain n’est qu’un organisme sur lequel on doit faire deux trois réglages pour qu’il fonctionne correctement. La maladie mentale n’est qu’une altération du fonctionnement homéostatique du corps, il faut réguler la chimie et les réseaux qui dysfonctionnent.

Un point de contact avec une vision biblique du monde

Lorsque quelqu’un a mal à la tête ou a de la température, généralement, il prend un doliprane. Lorsque vous avez une blessure, il est bon de la nettoyer avec de l’alcool, de l’eau oxygénée ou de l’eau bénite pour éviter une infection.

Ces éléments s’articulent dans la doctrine de la grâce commune. Si je reprends la définition de Louis Berkof : la grâce commune « limite le pouvoir destructeur du péché, maintient dans une certaine mesure l’ordre moral de l’univers permettant ainsi à une vie ordonnée de se développer, distribue divers dons et talents parmi les humains, promeut le développement de la science et des arts, et déverse de nombreuses bénédictions sur les enfants de l’humanité »

Une bonne partie de la médecine fait partie de cette grâce commune. Il est bon et respectueux de soigner notre corps lorsque ce soin est inclus dans une éthique chrétienne. Une partie de la psychologie fait partie de la grâce commune. Nous sommes plutôt d’accord pour dire que nous avons un corps matériel et une âme immatérielle. Nos émotions, nos pensées, notre motivation, nos ressentis font partie de notre corps visible. Il serait fort dommageable de ne pas considérer cela comme acquis dans notre compréhension anthropologique de l’être humain.

Jésus-Christ est l’exemple parfait de cette corporéité : il a vécu des souffrances et des tentations dans ses pensées et autour de lui. Il a manifesté des émotions. Il a manifesté de la fatigue. Il a manifesté ce qu’un être humain manifeste dans son corps. Il est resté au demeurant parfaitement obéissant et accomplissant sans faille la volonté de son Père.

Une dépression sévère peut être atténuée par une prise adaptée de médicament. De même il ne serait pas sage pour une personne atteinte de schizophrénie de ne pas être accompagnée par des professionnels.

Un point de contraste avec une vision biblique du monde

Cependant, la perception de la maladie mentale exclura toujours plusieurs choses :

  • L’existence de Dieu ;
  • Le péché en chaque être humain.

Cela ne veut pas dire que les psychologues ou tout autre thérapeute sont inutiles et ceux de l’histoire ont souvent été bien plus observateurs des agissements de l’être humain que la plupart des chrétiens, mais qu’ils évoluent dans un environnement subjectif que la Bible dénonce comme insensé. Cet environnement est celui de l’homme post-moderne où l’être humain est au centre de l’univers et dans lequel chaque expérience subjective d’une croyance peut être considérée comme la vérité, car ressentie et vécue.[1]

Ce que dit le monde religieux

J’ai volontairement inversé les parties pour amener celle-ci comme une conclusion. Nous avons pu constater que la maladie mentale a des éléments biologiques, individuels et sociaux dans sa définition. Ce n’est que depuis les années 70 que l’église s’intéresse à nouveau à l’accompagnement des personnes malades. Cependant, même encore aujourd’hui, l’accompagnement psychologique des personnes malades est considéré comme supérieur à l’accompagnement spirituel. Je vois plusieurs problématiques :

– Les chrétiens ont 50 ans de retard (minimum) dans leur compréhension de la psychologie. La quasi-totalité des chrétiens que j’accompagne ou que j’enseigne ont encore des présupposés du début du siècle avec la psychanalyse et l’émergence balbutiante de la psychologie cognitive (besoins de Maslow par exemple). La perception de la maladie mentale a changé radicalement ces dernières décennies. Les œuvres chrétiennes de relation d’aide francophones sont toutes dans cette problématique d’actualisation.

– La considération des troubles mentaux comme des maladies entraîne une déformation importante de notre responsabilité individuelle en tant que chrétien vis-à-vis de notre péché : puisque je suis atteint d’une « maladie mentale », alors les péchés associés ne comptent pas (victimisme, vie déréglée…). Il y a aujourd’hui une perception médicalisée de la sanctification qui est effrayante et qui encourage les gens à la non-persévérance et à l’égocentrisme. Le péché n’existe plus, Dieu n’existe plus, il n’y a que ma maladie qui existe et qui supplante à toutes les autres priorités.

– « Puisque c’est une maladie, je vais employer mon temps, mon argent et mon énergie à me guérir. Dieu ne veut pas me laisser dans cet état ». C’est là aussi méconnaître la souveraineté de Dieu, la question de la corruption du péché et la définition de notre vie sur terre et de la sainteté.

Il existe des myriades d’exemples comme ceux-là. Aujourd’hui, le monde religieux pense beaucoup comme le monde séculier et s’y assimile. Nous avons une responsabilité particulière de réévoquer tout cela et de construire nos compréhensions à partir de la Parole de Dieu et dans une vision biblique du monde qui glorifie Dieu.


[1] D. Powlison vers une relation d’aide renouvelée

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Samuel LAURENT

Chrétien et psychologue, Samuel est marié à Pauline depuis 17 ans et ont trois enfants. Ils ont créé l'association "La Boussole" avec laquelle ils proposent des formations en accompagnement biblique à l'intention des églises locales. Il est étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. La question de l'accompagnement/counseling biblique est la principale raison de leur présence sur TPSG. ils souhaitent développer et partager leur vision biblique du monde autour de l'accompagnement, de la psychologie et des problématiques du cœur humain.

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