Le gaslighting spirituel – Accompagner les auteurs

Il y a 2 semaines, nous avons tenté de définir ce qu’était le gaslighting: une forme d’abus et de manipulation poussant la victime à remettre en cause sa santé mentale. Nous avons également précisé l’aspect spirituel de cet abus, à savoir que l’auteur de la manipulation tente généralement de faire douter la victime sur sa maturité spirituelle, son Salut, ou sa sainteté. Vous pourrez lire cet article -ici-

Ensuite j’ai apporté quelques réflexions et conseils visant à accompagner au mieux les victimes de cette forme d’abus. Vous pourrez lire ce deuxième article -ici-

Maintenant nous allons traiter de l’accompagnement délicat des auteurs.

Pour rappel, les notions d’« auteur » et de « victime » sont rarement unilatérales dans une relation. Mais quand il s’agit de manipulation, il est normal d’employer ce terme, car dans ce cas précis, elle est souvent unilatérale.

Je dois bien vous avouer que le taux de réussite n’est pas génial dans ce type d’accompagnement. Les auteurs sont généralement très conscients de ce qu’ils font, et dans le cas contraire, la repentance et la honte sont souvent immédiates. Cependant, la rupture de l’accompagnement est souvent de mise dans ce genre de situation dès que l’auteur se sent acculé. J’aimerais ici vous donner quelques conseils d’approche.

Ne pas prendre partie

Dans ces situations, vous allez apprendre à vous taire et à bien structurer vos questions.

Régulièrement, il y aura une demande de confirmation du type: « Vous êtes bien d’accord avec moi, que ce qu’elle m’a fait/dit est inacceptable/un péché? » Ne répondez pas frontalement à cette question. Une affirmation permettra à l’auteur de l’utiliser au moment opportun dans la sphère privée: « Le conseiller m’a bien confirmé que tu péchais contre moi. » Une négation pourrait bien obtenir une fin de non-recevoir, et vous risquez de ne jamais revoir la personne.

Certes, ce sont des accompagnements inconfortables, mais notre responsabilité est d’éclairer la personne avec la Parole de Dieu et de l’accompagner au mieux.

Vous pourriez évidemment rebondir sur la question avec une ou plusieurs autres questions du type:

  • « Eh bien selon les Écritures, que pensez-vous de ce qu’elle a pu faire? »
  • « Elle pèche c’est sûr… »
  • « Et dans le cas où une personne pèche contre nous, quelle devrait être notre réaction? »

Ainsi vous l’emmenez tranquillement sur le terrain de sa propre responsabilité sans avoir créé une alliance malsaine avec l’auteur. Cela ne marchera pas toujours et rien ne l’empêchera de déformer vos propos. Mais réfléchir avant de poser nos questions permet d’orienter avec bienveillance les personnes vers le regard de Dieu sur l’ensemble de la situation, et pas seulement sur une toute petite partie, le reste appartenant au jugement arbitraire de l’auteur.

Notre objectif n’est pas le plaisir de manipuler un manipulateur, mais de favoriser au mieux son exposition à la Parole de Dieu. Nous ne pouvons compter que sur Dieu et sur son Esprit pour faire fléchir celui de notre interlocuteur.

Répartir les responsabilités

Dans le couple, c’est relativement simple. Encore une fois, nous sommes sous une forme d’enseignement et nous voulons le faire le plus pédagogiquement possible. Puisque les personnes se plaignent régulièrement de leur conjoint et profitent de ce victimisme pour en abuser, il est pertinent de rééquilibrer les responsabilités, comme je l’ai suggéré pour la victime. Si une femme n’est pas soumise, comment le mari pourrait-il montrer l’exemple par excellence, en se sacrifiant et en renonçant à certaines choses comme Christ l’a fait pour son Église? 

Souvent les responsabilités ne vont que dans un sens, en faveur de l’auteur. Cependant vous pouvez l’éclairer dans ses propres responsabilités face à l’offense, dans son foyer, et le confronter aux Écritures.

Cela peut créer une rupture, mais nous avons un avantage immense d’avoir la Bible pour prêcher fidèlement à ces personnes. Le miracle de la repentance peut se produire, et entraîner derrière lui une progression magnifique. Je crois qu’il faut toujours avoir cette possibilité en tête pour redoubler de persévérance dans l’exposition de la Parole.

Sonder le cœur

Un abus ou une manipulation ne sont jamais arbitraires. Il y a toujours une raison et une motivation. Donner la parole à un auteur (ce qui ne sera jamais difficile, car ils sont souvent éloquents) permettra de mieux comprendre ses désirs, ce qu’il veut obtenir, et comment il aimerait que l’autre soit. C’est encore une occasion de pouvoir reprendre la personne sur différentes conceptions et doctrines. Est-ce que la personne comprend ce qu’est le péché? …la sanctification? 

L’accompagnement est particulier dans certains domaines. Mais au final, c’est un être humain qui, comme nous, a besoin de la grâce salvatrice de Jésus-Christ. S’il n’est pas chrétien, eh bien c’est l’occasion de parler de l’Évangile d’une manière particulière à cette personne.

Ainsi, ne supposez pas les mouvements de son cœur. Posez-lui des questions sur des faits et des choses concrètes en prenant soin de ne pas les interpréter. Cherchez à comprendre son fonctionnement, les racines de son péché, et mettez-les en lumière. Cela demande parfois du courage, parfois de la douceur. Ce seront des entretiens éprouvants et fatigants, mais Dieu ne nous demande jamais des résultats, il nous demande d’y mettre les moyens. Cette vérité me rassure toujours.

Sondez votre cœur

Vous aurez sûrement envie d’arrêter l’entretien, de vous lever pour lui mettre un coup de poing, lui asséner ses quatre vérités, le manipuler de manière négative, et faire encore beaucoup d’autres choses.

J’ai écrit cette dernière phrase en un claquement de doigt, car il m’a suffi de recourir à quelques souvenirs, mais nous sommes humains comme lui avec un cœur déchu comme lui. Comprenez ce qui se passe chez vous, les émotions que vous ressentez, et les pensées que vous exprimez. Avant d’ouvrir la bouche, sondez votre cœur et vos motivations. Ce type d’accompagnement est une ornière dans laquelle nous pouvons être piégés. Nous pouvons pécher par manque d’intégrité et par colère. Comme pour la victime, les méfaits de l’auteur ne seront jamais des excuses pour notre propre péché. Alors soyons vigilants quant aux mots que nous prononçons. Ils peuvent être source de vie, comme un poison mortel d’un cœur pécheur.

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Samuel LAURENT

Chrétien et psychologue, Samuel est marié à Pauline depuis 17 ans et ont trois enfants. Ils ont créé l'association "La Boussole" avec laquelle ils proposent des formations en accompagnement biblique à l'intention des églises locales. Il est étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. La question de l'accompagnement/counseling biblique est la principale raison de leur présence sur TPSG. ils souhaitent développer et partager leur vision biblique du monde autour de l'accompagnement, de la psychologie et des problématiques du cœur humain.

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