3 erreurs à éviter dans l’accompagnement de la dépendance

Autant par des produits que par des comportements, nous pouvons altérer notre fonctionnement au point de développer des dépendances. La corruption du péché a profondément affecté notre rapport au monde. Notre cœur, tout comme notre corps, sont sensibles à ce qui nous récompense à court terme. Accompagner des personnes dans leur travail de sevrage et leur rapport à leurs habitudes n'est jamais chose facile. Même avec de la bonne volonté, d'un côté comme de l'autre. Je vous propose quelques écueils à éviter.

Un verre d’alcool, une série Netflix ou être sur un réseau social ne sont pas des péchés en tant que tels. Cela ne veut pas dire pour autant que ces produits sont neutres. Cependant, nous pouvons développer des comportements qui nuisent à notre santé spirituelle (être saoul ou regarder des images transgressives), à notre santé physique (être saoul, encore, absorber trop de gras, de sucre, faire trop de musculation…) et à notre « santé » sociale (ne plus vouloir fréquenter des personnes pour consommer ou avoir de mauvaises fréquentations).

Dans ces différents exemples, la question de notre cœur est en jeu. En effet, c’est notre idolâtrie et notre péché qui vont nous conduire vers telle consommation ou tel comportement. Encore une fois, ce sont des influences et rien ne saurait nous déresponsabiliser de notre propre péché. Cependant, avoir conscience des enjeux dans le cœur de la personne nous aide à pouvoir l’accompagner dans un travail. Nous le verrons dans l’article suivant.

Le passage de Romains 7 et notamment les derniers versets (21-25) sont particulièrement éloquents concernant la dépendance. Cette bataille terrible entre notre chair et l’Esprit est ardente. Les rechutes sont souvent fréquentes, parfois destructrices. Elles minent la personne et peuvent la mener au désespoir. Gardons-nous de tout jugement. Rappelons-nous sans cesse que Jésus-Christ est celui qui accompagne, qui soutient et qu’il est le seul Sauveur.

Dans l’empressement, le souci de trouver rapidement des solutions ou encore le sentiment d’être celui à qui il incombe de résoudre les problèmes, nous pouvons entrer dans des processus qui peuvent nous exposer– autant celui qui accompagne et que celui qui est accompagné, – à des erreurs et des dangers.

Négliger l’influence du corps

Dieu a donné un caractère volitif à l’être humain qui le rend pleinement responsable. Notre péché n’est en aucun cas excusable par les influences auxquelles nous sommes soumises… même les plus fortes. Nous savons, au demeurant, que la période de sevrage et la première période d’abstinence se révèlent souvent extrêmement pénibles, voire terriblement douloureuses. Le corps et notre cerveau aiment les habitudes, et les rompre fait basculer l’équilibre, fût-il néfaste.

Ne soyons pas sévères avec ceux qui rechutent, sont tentés, et manifestent leur souffrance dans cette lutte. Nous devons être des appuis et une aide qui focalisent le regard de notre frère ou de notre sœur vers Christ. Il nous appelle à tenir ferme et nous aide à tenir.

Il est extrêmement important, dans le cas de dépendance physiologique forte comme l’héroïne ou la toxicomanie, de recommander, voire d’exiger un suivi médical (dans certains cas, je suis de ceux qui conditionnent l’accompagnement biblique à un suivi médical et je n’ai jamais essuyé de refus).

À titre d’information, nous constatons qu’un changement opérant dans des habitudes ne provient en moyenne qu’au bout de soixante-six jours, soit un peu plus de deux mois. Par conséquent, prenez patience. Le cerveau est plastique, mais il est long à se modifier. Trois mois semblent être une bonne jauge. Lorsque j’ai des accompagnements liés à des dépendances, ce n’est généralement qu’entre le 2e et le 3e mois que je constate un début de soulagement.

N’agir que sur le comportement

Il est globalement assez simple d’agir sur le comportement d’addiction. Généralement, les principes de dépendance sont en lien avec des choses rapides, accessibles et habituelles. Le fait de pouvoir changer différentes variables autour de la personne permet souvent une amélioration très concrète:

– un changement d’environnement;

– un changement de rythme de vie;

– un changement dans les fréquentations sociales.

Cependant, ces bénéfices bons et profitables pour la personne ne devraient pas constituer l’axe principal de l’accompagnement biblique.

Comme le mentionne Jean Calvin, notre cœur est une fabrique d’idoles. La question de l’idolâtrie se cache toujours derrière une dépendance, que celle-ci soit vénérée, recherchée ou méprisée. Notre rôle, en tant que conseiller, sera de faire cheminer la personne dans sa relation avec cette idole.

Il n’y aura pour ainsi dire jamais d’abstinence sans une forme de souffrance dans le processus. Mais la souffrance contribuera, sans aucun doute, à la maturité et la croissance de la personne. Celle-ci, regardant en arrière, verra les bienfaits de Dieu et en sera encouragée.

Rester isolé

Nous sommes tous orgueilleux, moi le premier, et dans cet orgueil se révèle cette volonté d’être LE sauveur de la personne, celui qui la conduira vers la libération et la rédemption.

En tant que psychologue, j’ai déjà commis des erreurs en restant isolé, sans retour sur mes hypothèses et mon travail. Il s’en est parfois suivi une perte de confiance, voire une mise en danger. La solitude n’est pas seulement une disposition qui va favoriser nos erreurs. Elle est aussi le creuset idéal pour développer notre orgueil et provoquer notre chute. Nous associons alors à notre faillite, comme des insensés, les personnes que nous que nous étions censés accompagner.

Nous ne sommes pas responsables de la réussite de notre accompagnement, seul Dieu peut agir ; mais nous sommes pleinement responsables de l’intégrité avec laquelle nous accompagnons. Si nous avons des obligations envers la personne que nous accompagnons, nous sommes redevables davantage encore devant Dieu. Les dépendances peuvent parfois conduire les personnes à des comportements à risque dramatiques. Quand le danger est palpable, ou même seulement supposé, il est sage de s’entourer et d’être redevable.

Si vous exercez dans une Église locale, mandaté par les responsables (ou si vous-mêmes êtes responsable d’Église), alors vous devez avoir un interlocuteur privilégié parmi les membres du conseil d’Église. Je suis toujours amené à échanger avec un des responsables, cela est indispensable. Ce « contrat » doit être établi avec la personne accompagnée et il est à mon sens indispensable. Il n’est pas question ici de divulguer chaque détail des entretiens, mais de pouvoir synthétiser le cheminement de la personne.

N’oubliez pas également les professionnels de santé: médecin, psychiatre ou psychologue. J’ai toujours eu d’excellents rapports avec les professionnels du monde séculier. Je ne prétends pas que ce soit toujours le cas; le fait que je sois psychologue moi-même joue sans doute un rôle et constitue un biais. Le fait de communiquer est toujours perçu très favorablement.

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Samuel LAURENT

Chrétien et psychologue, Samuel est marié à Pauline depuis 17 ans et ont trois enfants. Ils ont créé l'association "La Boussole" avec laquelle ils proposent des formations en accompagnement biblique à l'intention des églises locales. Il est étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. La question de l'accompagnement/counseling biblique est la principale raison de leur présence sur TPSG. ils souhaitent développer et partager leur vision biblique du monde autour de l'accompagnement, de la psychologie et des problématiques du cœur humain.

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